Une monnaie unique africaine… pour quoi faire ?

Une pétition d’Avaaz circule sur le net en demandant à l’Union Africaine une monnaie unique africaine. Mais c’est mettre la charrue avant les bœufs…

Intrinsèquement, une monnaie n’a pas de valeur propre et ne peut pas remplacer l’économie réelle. Par contre, une monnaie est le reflet que voient les financiers de cette économie. Donc si ils n’ont pas confiance en les politiques de développement mises en place, sa valeur d’échange sur les marchés internationaux chute, et l’inflation (la hausse des prix) peut grimper à des niveaux catastrophiques. Au Zimbabwe, il y a 10 ans, l’inflation est arrivée à plus de 1000%, ce qui voulait dire que toutes les boutiques révisaient leurs prix à la hausse plusieurs fois par jour. Aujourd’hui, incapable de gérer sa propre monnaie, le Zimbabwe a renoncé à en avoir une, et les transactions se font directement en Dollars.

La monnaie unique africaine est présentée comme la panacée pour développer le commerce inter-régional, pour améliorer la compétitivité des entreprises africaines, et pour arriver à une meilleure gouvernance des affaires publiques, mais au Burkina Faso nous avons depuis longtemps une monnaie unique qui n’a pas du tout apporté ces résultats escomptés.

Et contrairement à ce qui est exprimé, ce n’est pas une monnaie unique africaine qui permettra aux gouvernements africains d’avoir une politique macroéconomique forte. Pour cela il faudrait commencer par mettre réellement en place les aspects pratiques d’une stratégie commune de développement du continent… Près de nous, on observe que 70% des exportations de l’UEMOA sont réalisées par la République de Côte d’Ivoire. Mais 90% de ces exportations ne sont pas destinées à des pays UEMOA, donc le commerce sous régional n’est pas la priorité pour la locomotive économique de la Sous-Région.

Pour avancer dans l’intégration économique, au sein des différentes zones économiques comme la CEDEAO et l’UEMOA, il faut aller vers la suppression réelle de barrières douanières. Mais comment faire quand on sait que pour certains pays comme le Burkina Faso, malgré la très importante fraude, les recettes fiscales liées aux douanes sont la source la plus importante de revenus pour l’État… ?

La monnaie unique européenne, l’Euro, a n’a pas été un succès pour tous en Europe. En effet, la monnaie unique est utile pour voyager d’un pays à l’autre, mais renoncer à sa propre monnaie signifie perdre le contrôle de son économie. Les pays du sud de l’Europe aimeraient un Euro faible, comme l’étaient en son temps la lire, la peseta, la drachme ou l’escudo, car en dévaluant, on permet de développer les exportations (principalement celles des produits agricoles et des industries légères) et d’attirer des touristes. Mais c’est l’Allemagne qui commande en Europe, et elle préfère un Euro fort, qui permet d’importer des produits à bas prix, et qui va bien avec une industrie forte, lourde et technologiquement avancée, et pour laquelle une dévaluation n’est pas utile.

Ce dont l’UA a besoin, c’est d’augmenter les échanges commerciaux inter-africains, les voies de communication ferroviaires inter-africaines, et de mettre en place des politiques économiques communes… Toutefois, pour cela il faut investir… Et pour investir, il faudrait d’abord que les Africains arrêtent d’exporter leurs capitaux privés hors d’Afrique et qu’ils arrêtent de parler de lutter contre la mauvaise gouvernance et passent aux actes…

En effet, l’indépendance de l’UA (par rapport aux PTF) doit commencer par la discipline fiscale. L’UA est financée à 95% par les partenaires étrangers parce que sur 53 pays membres qui doivent payer en proportion de leur PIB, il y a beaucoup de pays qui traînent des ardoises depuis plusieurs années, dont le Burkina Faso…

Les seuls qui payent rubis sur ongle sont l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Algérie.

En attendant, le budget de l’Union Africaine est passé de 54 millions de Dollars en 2007 à plus de 300 en 2015. Mais où va l’argent du développement de l’Afrique ?

L’argent est affecté au nouveau siège de la Commission de l’Union Africaine, à la construction d’un complexe de bâtiments « paix et sécurité », à l’édification des villas et des résidences des Commissaires de la Commission, et surtout à des frais de fonctionnement avec des salaires et d’autres avantages économiques très juteux.

Toutefois, le plan stratégique 2014-2017 de l’Union Africaine prévoit effectivement la mise en place d’une Union Économique. Mais ce serait une bonne nouvelle si la date prévue n’était pas seulement l’année 2028, autrement dit qu’on est en train de repousser l’échéance de la mise en œuvre suffisamment loin pour que ce soit une autre génération de responsables qui en supporte la responsabilité…

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Par | 2016-11-20T13:36:36+00:00 28 février 2016|Economie|Pas encore de commentaire

A propos de l'auteur :

Nicolas Carbonell
Spécialiste en Organisation d’Entreprises (Doctorant à l’Université Polytechnique de Catalogne) avec l’expérience d’avoir créé et dirigé 8 PME, en Afrique et en Europe, et obtenu des financements pour des clients de secteurs très divers au Burkina Faso.

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